51. Jahrgang Nr. 3 / Mai 2021
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Ausgabe Nr. 5 Monat Juni 2004
Eberhard Heller: Besuch aus Mexiko


Ausgabe Nr. 3 Monat April 2005
Nachruf auf P. Adler/Nachrichten


Ausgabe Nr. 9 Monat November 2004
Vier neue mexikanische Priester


Ausgabe Nr. 3 Monat April 2004
L’ERREUR FONDAMENTALE DE VATICAN II


Ausgabe Nr. 4 Monat April 2003
Surrexit Christus, spes mea


Ausgabe Nr. 4 Monat April 2003
La silla apostólica ocupada


Ausgabe Nr. 8 Monat October 2003
L’Eglise Catholique-Romaine de la diaspora


Ausgabe Nr. 8 Monat October 2003
A propos de la situation actuelle de l’Eglise (fr.)


Ausgabe Nr. 11 Monat December 2003
The Apostolic See Occupied


Ausgabe Nr. 1 Monat März 2002
Christus ist auferstanden und dem Simon erschienen


Ausgabe Nr. 2 Monat Mars 2002
Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon (fr/eng/spa)


Ausgabe Nr. 5 Monat September 2002
Der Apostolische Stuhl


Ausgabe Nr. 6 Monat November 2002
Offener Brief an H.H. Prof. Dr. August Groß und Abbé Seraphim


Ausgabe Nr. 8 Monat December 2002
Mèditation pour le temps de noël


Ausgabe Nr. 8 Monat December 2002
Le Siège apostolique < occupé >


Ausgabe Nr. 8 Monat December 2002
La consécration épiscopale du P. Guérard des Lauriers


Ausgabe Nr. 8 Monat December 2002
La sede apostolica


Ausgabe Nr. 7 Monat Diciembre 2001
Ha permitido Roma el viejo rito misal


Ausgabe Nr. 7 Monat Diciembre 2001
A la recherche de l'unité perdue


Ausgabe Nr. 7 Monat Diciembre 2001
COMMUNICATION DE LA REDACTION (fr./engl/espa/ital)


Ausgabe Nr. 1 Monat April 2001
Christus erstand, Er, mein Hoffen


Ausgabe Nr. 6 Monat Dezember 2001
Den Wiederaufbau im Visier


Ausgabe Nr. 8 Monat Januar 2002
MITTEILUNGEN DER REDAKTION


Ausgabe Nr. 1 Monat April 2000
Über die Geheimnisse des Lebens Jesu Christi


Ausgabe Nr. 7 Monat März 2001
Hat Rom allen Priestern den erlaubt?


Ausgabe Nr. 2 Monat Juni 1999
Vom katholischen Priestertum heute


Ausgabe Nr. 4 Monat Oktober 1999
Erscheint die Muttergottes wirklich in Marpingen?


Ausgabe Nr. 6 Monat Februar 2000
In memoriam H.H. Pfr. i.R. Werner Graus


Ausgabe Nr. 2 Monat Juni 1998
ERWIDERUNG AUF DIE STELLUNGNAHME VON DR. E. HELLER


Ausgabe Nr. 3 Monat August 1998
Nachtrag zum Briefwechsel mit Pfr. Paul Schoonbroodt


Ausgabe Nr. 4 Monat Oktober 1998
Siebels Oratoriumswasser


Ausgabe Nr. 5 Monat Dezember 1998
Er kam in sein Eigentum


Ausgabe Nr. 6 Monat Februar 1998
Gott, von dem ich nicht einmal weiß, ob er überhaupt existiert


Ausgabe Nr. 6 Monat Februar 1998
Anfrage an H.H. Abbé Paul Schoonbroodt


Ausgabe Nr. 1 Monat April 1993
ZUM PROBLEM DER INTENTIONALITÄT BEI DER SPENDUNG DER SAKRAMENTE


Ausgabe Nr. 1 Monat Mai 1995
IN MEMORIAM...


Ausgabe Nr. 4 Monat Dezember 1994
In memoriam


Ausgabe Nr. 5 Monat Dezember 1988
NACHRICHTEN, NACHRICHTEN, NACHRICHTEN


Ausgabe Nr. 8 Monat März 1989
MITTEILUNGEN DER REDAKTION


Ausgabe Nr. 6 Monat Oktober 2006
Zum Tode von Schw. Emilia Vaiciulis


Ausgabe Nr. 6 Monat Februar 1984
FRONTWECHSEL


Ausgabe Nr. 1 Monat Mai 1981
15 JAHRE NACH DEM II. VATIKANISCHEN KONZIL


Ausgabe Nr. 3 Monat August 1981
JUDE UND CHRIST


Ausgabe Nr. 4 Monat Oktober 1981
PREDIGT ZUM EVANGELIUM VOM 7. SONNTAG NACH PFINGSTEN


Ausgabe Nr. 2 Monat Juni 1980
DAS HEILIGE LEICHENTUCH BEWEIS FÜR CHRISTI TOD UND AUFERSTEHUNG


Ausgabe Nr. 2 Monat Juni 1980
IN MEMORIAM


Ausgabe Nr. 2 Monat Juni 1980
QU'EST-CE À DIRE: LA NOUVELLE MESSE PEUT TRE VALIDE ?


Ausgabe Nr. 3 Monat September 1980
DAS HEILIGE LEICHENTUCH BEWEIS FÜR CHRISTI TOD UND AUFERSTEHUNG


Ausgabe Nr. 4 Monat Oktober 1980
CHRISTUS NOVUM INSTITUIT PASCHA...


Ausgabe Nr. 4 Monat Oktober 1980
REPONSE DE HR L'ABBE HANS MILCH AUX QUESTIONS


Ausgabe Nr. 5 Monat Dezember 1980
CHRISTUS IST UNS GEBOREN, KOMMT LASSET UNS ANBETEN


Ausgabe Nr. 5 Monat Dezember 1980
DAS HEILIGE LEICHENTUCH BEWEIS FÜR CHRISTI TOD UND AUFERSTEHUNG


Ausgabe Nr. 7 Monat April 1981
DAS HEILIGE LEICHENTUCH BEWEIS FÜR CHRISTI TOD UND AUFERSTEHUNG


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DER WIDERSTAND FORMIERT SICH


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Ausgabe Nr. 2 Monat Juni 2008
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Gegendarstellung


Ausgabe Nr. 2 Monat April 2009
Die Holocaust-Latte liegt zu hoch!


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L’EGLISE CATHOLIQUE-ROMAINE DE LA DIASPORA


Ausgabe Nr. 2 Monat Mai 2010
GESCHICHTE AUS DJAKARTA!


Ausgabe Nr. 13 Monat June 2011
LOS BIENAVENTURADOS … ESTAN JUBILADOS


Ausgabe Nr. 2 Monat Juni 2011
Mitteilungen der Redaktion - wichtige Hinweise


Ausgabe Nr. 3 Monat September 2012
In memoriam H.H. Pfr. Paul Schoonbroodt


Ausgabe Nr. 3 Monat September 2012
Mitteilungen der Redaktion, Hinweise


Ausgabe Nr. 4 Monat Dezember 2019
In memoriam Frau Irmgard Staude


A propos de la situation actuelle de l’Eglise (fr.)
 
A propos de la situation actuelle de l’Eglise

- Interview donnée par M. Werner Olles -

Remarque préliminaire :

L’interview qui va suivre est publié à l’intention des lecteurs de l’hebdomadaire politique « Junge Freiheit » (= jeune liberté) qui se consacre, en plus de sa  tache spécifiquement politique, à tirer au clair les causes spirituelles-religieuses qui sont à l’origine de la situation désastreuse dans laquelle nous nous trouvons depuis pas mal de temps. La parution en avant-première dans notre périodique est autorisée par la rédaction de la « Junge Freiheit ». Les développements qui suivent s’adressent à tous ceux qui, ces derniers temps, nous ont rejoint comme lecteurs. Nous espérons leur faciliter l’accès à la position ecclésiastique que nous défendons, en expliquant certains problèmes.

Eberhard Heller
***

Olles : Qu’est-ce que vous pensez de la situation de l’Eglise catholique en ce début du 21e siècle ?

Heller : En parlant de l’ « Eglise catholique » vous désignez sans doute cette institution religieuse qui, suite aux réformes de Vatican II,  a subi une mutation en ce qu’on appelle « église conciliaire » ; celle-ci, bien qu’en continuant d’utiliser le nom d’ « Eglise catholique-romaine » a perdu son identité avec l’Eglise catholique anté-conciliaire. Les réformes de Vatican II et l’évolution qui suivit, dans l’esprit de ce concile, constitue de multiples façons une rupture avec la tradition bi-millénaire de l’Eglise qui, du reste, est camouflée par le maintien extérieur de ses apparences, de certaines doc-trines et des structures hiérarchiques et juridiques de l’Eglise d’autrefois.

Voici comment cette mutation de l’Eglise de Jésus-Christ en ‘église conciliaire’ s’est opérée ; c’est par la falsification des rites sacramentels ou le changement de leur interprétation, la négation de certains dogmes, la corruption sémantique, la relativisation des lois morales et l’abandon de l’Eglise de son droit d’être seule vraie comme détentrice et gardienne  des vérités du salut révélées par Dieu. Jean Paul II se comprend comme le chef d’une de ces nombreuses religions, égales en droit, avec lesquelles il adore « Dieu » ce qui revient à nier la Trinité. D’ailleurs un auteur américain a dressé un catalogue de 101 hérésies à l’actif de Jean Paul II !

Ces affirmations sont à coup sûr énormes ! Aussi faut-il les prouver. A cette fin, je me permets de citer deux documents conciliaires et l’appréciation d’un témoin sûrement non-suspect. Il est écrit dans « Nostra Aetate » art. 3 : « L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre qui a parlé aux hommes ». Cette affirmation est précisée dans « Lumen Gentium » chap. 16 : « Mais le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui professent avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique. Paul VI  renonça, en 1970, au droit absolu de l’Eglise d’être la seule vraie en déclarant ce qui suit : «  il y a trois religions qui reconnaissent toutes le vrai Dieu, qui participent à ce conflit (c’est-à-dire le conflit du Moyen-Orient) : le peuple des Juifs, celui de l’Islam et, au milieu, le peuple chrétien répandu dans le monde entier. Elles proclament, à trois voix, l’unique monothéisme. Elles parlent un langage éminemment authen-tique, digne, historique, indestructible et convaincant ». Ce changement de mentalité est attesté e. a. dans « Le Monde » du 25/01/2000 par le Professeur , le P. Claude Geffre OP, doyen de la faculté de théologie du Saulchoir : « lors du concile Vatican II l’Eglise catholique découvrit et accepta qu’elle ne possède pas le monopole de la vérité, qu’il faut qu’elle se mette à l’écoute du monde.(…) Les reli-gions qui s’opposent à ces exigences légitimes sont acculées à se réformer ou à disparaître ». Par contre, le Christ dit : «  Personne ne vient au Père sinon par moi (Jn, 14,6) ; car « celui qui n’a pas le Fils, n’a pas le Père non plus ». (1 Jn 2,23). On le voit bien, il n’y a pas place pour la « tolérance » !

Il n’est donc pas possible qu’un pape ou le magistère de l’Eglise suppriment les positions fixées en se réclamant de la révélation divine de la vérité et qui étaient en vigueur jusqu’il y a peu ; il n’est pas possible qu’elles soient changées en leur contraire, qu’on les falsifie sans supprimer la vérité divine comme référence absolue et sans renoncer à être la  plénipotentiaire institution de la vérité. Ce qui était en vigueur dans l’Eglise hier, le sera aujourd’hui et demain.

Si les changements après Vatican II ont été introduits, presque sans faire de bruit, citons, pour éclairer comme par un projecteur, un seul exemple qui marque déjà un point d’aboutissement de la décadence morale : il s’agit de l’approbation générale de l’avortement dans laquelle ‘l’église conciliaire’ en Allemagne était impliquée jusqu’il y a peu. L’épiscopat entretenait des centres de consultations où les femmes enceintes, en situation de détresse, pouvaient s’adresser, et à défaut de solution,  recevoir une attestation qui ne donnait rien moins que le droit de recourir à l’avortement ; c’est ce que certains ont qualifié de « licence pour pratiquer un assassinat ».

Pour être juste il faut dire, que il y en eut beaucoup qui ne sont pas rendu compte de la nouvelle  orientation officielle de la hiérarchie. En général,  le peuple chrétien est encore toujours d’avis que ‘l’église conciliaire’ est l’Eglise de Jésus-Christ ; d’autant plus que les réformes qui falsifient les données de la Foi dépassent la compréhension théologique des simples fidèles, et que l’imposture par la corruption sémantique vint s’y ajouter. La jeune génération qui n’a plus connu la foi traditionnelle ni la liturgie ancienne, cette imposture n’a pas été perçue, puisque les réformes ont acquis entre-temps leur propre tradition. Pour eux ‘l’église conciliaire’ est restée l’Eglise catholique et continue à l’être.  Il faut dire aussi qu’ils n’ont pas connu autre chose à cause de la défaillance des conservateurs restés fidèles à la doctrine. Parmi les simples fidèles il y en a à peine un qui connaisse les différences théologiques et dogmatiques entre la (vraie) doctrine catholique et les croyances protestantes. Les aînés parmi les fidèles se sont accoutumés aux réformes liturgiques, mais souvent ils continuent d’y joindre le savoir des enseignements d’autrefois. La messe ou « la messe » est célébrée en langue du pays et l’on s’aperçoit à peine que ces ‘messes’ sont invalides à cause de certaines falsifications qu’on y a introduites Et même cette ‘église’ a pu maintenir partiellement sa fonction stabilisatrice au point de vue social p. e. dans beaucoup de paroisses rurales.    

Actuellement vous pouvez trouver dans ’l’église conciliaire’, en marge, des révolutionnaires avec un programme bien arrêté – j’y range Jean Paul II-. Le journaliste italien Messori, un insider, le confirme ; l’éventail s’ouvre jusqu’aux clercs et laïcs ayant gardé un attachement émotionnel au catholicisme. Afin de vous donner par un exemple parlant une idée des divisions internes au sein de la hiérarchie ‘conciliaire’ je vous renvoie à une déclaration faite par le cardinal Kasper à propos du document Dominus Jesus , probablement de la rédaction du cardinal Ratzinger à en juger d’après le style, et qui, en bonne partie, est catholique. Or, Kasper, à peine élevé au cardinalat, critique ce document comme un document « qui fait mal » etc. parce, d’après lui, il exige (!) une obligation dans la foi. Or, ce document provient précisément de cette institution à laquelle il doit son cardinalat.

Mise à part la trahison au plan théologique difficile à déceler, les fruits des réformes ne sont non seulement visibles, amis aussi mesurables : la désertion massive des églises, la régression dramatique des vocations sacerdotales et religieuses, l’extinction de l’activité missionnaire, le mutisme de l’Eglise comme autorité morale.

En résumé nous pouvons dire : l’Eglise catholique romaine, tel qu’elle était autrefois avec sa fonction d’institution de salut a pour une large part cessé d’exister. Ceux qui ont vu que ces réformes sont révolutionnaires, ne vivent pas dans la clandestinité, il est vrai, mais dans la « dispersion », dans une diaspora d’un type nouveau. Ainsi le cardinal Scheffczyk, prof. ém. de dogme à l’université de Munich qui parle de ‘l’autodestruction de l’Eglise’ certifie à l’endroit de ces fidèles : « Il faut être réaliste et concéder avec un sentiment de sympathie qu’actuellement beaucoup de chrétiens se sentent perdus, perplexes et même déçus. » (« Theologisches », juillet 02)

Olles : Qui étaient les principaux ennemis de l’Eglise anté-conciliaire , anti-moderniste?

Heller : Depuis la Révolution Française l’Eglise a été refoulée de plus en plus de la vie publique dans la sphère  privée des gens : la religion c’est une affaire privée !  Or, peu de temps avant cela l’Eglise subit le despotisme par le Joséphinisme. De plus, le processus de la déchristianisation a été favorisé par l’influence du rationalisme (Aufklärung) et de la sécularisation. La franc-maçonnerie d’autre part, avait comme objectif, par son « combat contre le trône et l’autel », de subvertir l’Eglise. Il est intéressant de découvrir dans plusieurs décrets conciliaires des idées révolutionnaires qui avaient été formulées précédemment par les illuminés. La hiérarchie post-conciliaire a accueilli promptement et avec soumission la requête du judaïsme (B’nai B’rith) d’éliminer de la liturgie les éléments soi-disant antisémites.

Aux influences extérieures il faut ajouter que chez beaucoup de théologiens s’installait un complexe d’infériorité, car depuis la fin du 19e siècle il se sentaient exclus de l’évolution scientifique. C’est la raison pour laquelle, après le concile, ils étaient plus disposés encore à se ruer littéralement sur les théories modernes. Mais ce qui a été décisif pour la situation actuelle à échelle mondiale c’est « la révolution par en haut ».

Olles : Quelle sont les effectifs de la Tradition à échelle mondiale ?

Heller : Lorsque, après le concile Vatican II, on s’aperçut que les documents promulgués n’avaient pas seulement un caractère réformateur, mais qu’ils touchaient également le dogme catholique, qu’ils atteignaient par conséquent très gravement la réforme liturgique, il y eut en un premier temps beaucoup de personnes qui combattaient ces réformes. La promulgation du soi-disant N.O.M. de Paul VI était suivie rapidement du « Bref examen critique de N.O.M. » signé par les cardinaux Ottaviani et Bacci, dans lequel des défauts théologiques graves du nouveau rite étaient mis en évidence.

Dans ce contexte il est éclairant de noter ce que le cardinal Ratzinger a écrit à propos de la réforme liturgique ; selon lui celle-ci n’était pas une « reviviscence », mais une «dévastation » : « Je suis convaincu, écrit-il, que la crise de l’Eglise dans laquelle nous vivons actuellement, provient pour une large part de l’effondrement de la liturgie. »  (Ma vie, Mémoires 1927-1997 », Rome 1997).

Même l’église grecque-orthodoxe et des théologiens protestants connus levaient leurs voix pour mettre en garde contre l’introduction du Novus Ordo.  Des groupes de résistance se formèrent à échelle mondiale pour réclamer le maintien de l’ancienne messe et le latin comme langue de l’Eglise. Il y avait des clercs comme  des laïcs, des personnes publiques de même que des scientifiques, des journalistes, des théologiens de renom, amis aussi des fidèles engagés. La fédération internationale d’ « Una Voce »  se donna des structures juridiques. Le groupe « Freundeskreis der Una Voce » fut fondé en 1966 à Munich. C’est moi qui en assure actuellement la présidence.      

Mgr Lefebvre fonda en Suisse son séminaire international qui vit affluer beaucoup de séminaristes. De nombreux périodiques, paraissant dans les principales langues, furent publiés. Le groupe « Freundeskreis der Una voce » à Munich édita le périodique théologique EINSICHT dès 1971.

Une scission se dessina à l’horizon parce que chez les chrétiens traditionnels les décrets de réforme reçurent des appréciations théologiques diverses ; les analyses du Novus Ordo Missae en formèrent le foyer.   Alors que les uns ne virent que des défauts liturgiques dans cet ordo les autres firent la découverte qu’il contient des falsifications dogmatiques graves entraînant non seulement l’invalidité des messes célébrées en ce rite, mais qu’il mit en question la légitimité de la fonction de Paul VI, son promulgateur. Cette position portant plus loin que les constations immédiates ne fut pas adoptée par la plupart des chrétiens attachés à la Tradition . Il s’en suivit une division en traditionalistes-ils forment d’une certaine manière une secte orthodoxe au sein de l’église conciliaire en menant une querelle de rites ; à ce jour cette querelle est restée sans solution ; et les sédévacantistes. Font partie de ce groupe les fidèles qui estiment que le Siège romain est vacant. Cette division dure encore toujours. La figure symbolique des traditionalistes, leur figure de proue, fut Mgr. Lefebvre pendant assez longtemps. Tandis que Mgr Ngô-dinh-Thuc, ancien archevêque de Hué/Vietnam, frère de l’ancien président catholique Ngô-dinh-Diem du Vietnam que les Américains ont fait assassiner avec l’approbation du Vatican- était suivi par les sédévacantistes.  C’est par sa déclaration publique de la vacance du saint Siège, en date du 23/02/1982 à Munich, que Mgr Ngô-dinh-Thuc fournit pour ce groupe le fondement théologique décisif.

Si vous m’interrogez au sujet des effectifs de ces deux groupes, je puis vous répondre et dire que les simples traditionalistes autour de Mgr Lefebvre comptent un nombre impressionnant d’adhérents, mais que du point de vue de l’argumentation lors de discussions, ils sont faibles. D’autre part les sédévacantistes  sont en mesure de présenter des arguments percutants, mais, à échelle mondiale, ils sont une minorité. Ce groupe a sa représentation la plus forte au Mexique. Sociologiquement parlant ces deux groupes jouent un rôle plutôt insignifiant. Puisque la direction unitaire fait défaut dans le domaine pastoral, nous n’avons pu obtenir jusqu’ présent une efficacité dans le domaine de la restauration de l’Eglise comme institution de salut.

Olles : Quelle peut être la dimension de la dévastation de l’apostolicité suite au syncrétisme ?

Heller : L’apostolicité veut dire que l’Eglise est fondée sur les apôtres appelés par le Christ à sa suite ; cela veut dire aussi d’une part la doctrine continue et identique et d’autre part la succession apostolique de la hiérarchie c’est-à-dire la transmission ininterrompue des pouvoirs pour sacrer des évêques et ordonner des prêtres afin de garantir l’existence de l’Eglise comme institution du salut.

D’une part la succession apostolique est en péril parce que les nouveaux rites des ordres sacrés,  invalides ou au moins douteux, ont été introduits et que les pouvoirs épiscopaux et sacerdotaux ces-seront ainsi d’exister. D’autre part :l’apostolicité est supprimée par le fait que Rome  renonce aux pouvoirs et aux dogmes transmis aux apôtres ; citons comme exemple  le dogme hors de l’Eglise point de salut. Cela veut dire que l’église conciliaire ne revendique plus par rapport aux autres con-fessions chrétiennes d’être la seule vraie Eglise ; en fait, elle les reconnaît comme égales en droit, mieux que cela, elle assure que l’Islam, le Judaïsme et les autres religions mondiales sont des moyens légitimes par les quelles on peut faire son salut. Par conséquent, l’église conciliaire elle-même renon-ce au titre d’être la vraie institution chrétienne nécessaire au salut. Le ‘pape’ d’une telle institution se range, aux fins d’une coexistence pacifique,  dans la phalange des dignitaires de droits égaux des autres religions. En même temps ce syncrétisme signifie qu’on abandonne toute activité missionnaire réelle. Mais, même les gestes partiellement scandaleux et syncrétistes de la part du chef par arroga-tion de l’Eglise catholique – rappelons que Jean Paul II embrassa le Coran par exemple! -  et les rencontres inter-religieuses n’empêchent que les autres religions ne respectent nullement l’idée de la coexistence pacifique. Au Soudan on continue à tuer des chrétiens, même en Turquie ils subissent la persécution et la discrimination. Imaginons saint Pierre se prêtant à des négociations avec les empe-reurs romains au sujet de programmes « de la bonne volonté de tous les hommes », tandis que de-vant la porte, dans l’arène, ce même empereur- « n’étant probablement pas de bonne volonté » -  jette des chrétiens aux pieds des fauves pour qu’ils les dévorent. Quel cynisme !

Olles : Est-ce que la nouvelle église, en affamant les chrétiens  spirituellement, a donné lieu  à des conséquences comme l’œcuménisme ?

Heller : Ce concept est un de ceux qui ont été soumis à un changement de sens par la corruption sémantique appliquée par les modernistes. Initialement on désignait par là l’assemblée d’églises particulières. C’est pourquoi on parlait d’un concile œcuménique . De nos jours l’on désigne par là les objectifs qui visent à unifier les différentes confessions chrétiennes. Contrairement aux efforts faits avant le concile, de faire cesser le scandale des divisions en cherchant des solutions aux problèmes de l’heure – je pense  e. a. aux tentatives malheureusement échouées de refaire l’unité avec les orthodoxes sous Pie XI – on fait avancer les choses en évitant les vérités catholiques c’est-à-dire l’unité a priorité sur la vérité révélée. L’ « œcuménisme» ainsi compris est bien l’objectif que les propagateurs des réformes veulent atteindre. Reportez-vous à la déclaration commune à propos de la doctrine sur la justification, qui envisage d’arriver à « un consensus nuancé ». L’évêque Karl Lehmann, élevé récemment au cardinalat (par l’église conciliaire’) s’est permis de qualifier comme « docteur de l’Eglise » Martin Luther, sans être inquiété le moins du monde par les autorités conciliaires, alors que Luther est condamné comme hérétique par l’Eglise. Dans mes relations il y a des personnes qui ont déserté ‘l’église conciliaire ‘ à cause de son indifférentisme théologique, pour rejoindre l’église orthodoxe. S’il est un fait que de simples fidèles réclament encore plus d’œcuménisme,  c’est parce qu’ils ne comprennent plus pourquoi des confessions ayant presque la même foi doivent continuer d’exister côte à côte comme organisations ecclésiales différentes.  L’abandon des vérités sanctionnées par des dogmes a généré une mentalité arbitraire eu égard au contenu doctrinal, donnant lieu à un  christianisme qu’on pourrait comparer à un ‘patchwork’ où chacun  bricole sa propre « théologie », à sa façon.

Olles : Entre-temps la stigmatisation des catholiques fidèles par les modernistes a pris des caractéristiques de persécution. Est-ce que vous vous retrouverez bientôt dans le compte-rendu du bulletin de la constitution de l’Etat?

Heller : Nous ne sommes pas persécutés directement, même si l’on nous  diffame comme étant des intransigeants, des fondamentalistes ; pour cela l’église conciliaire manque de moyens ; politique-ment il n’ y a pas de raison pour cela. Car, nous voulons continuer ce que l’Eglise a fait jusqu’au concile. Certainement, les prêtres qui s’opposent à l’église conciliaire subissent des préjudices. Peut-être M. Fridmann, le président, faisant fonction, du Conseil central des Juifs en Allemagne (maintenu à son poste en dépit des reproches qu’on lui a faits) aura un jour l’idée de nous accuser ‘d’anti-sémitisme’ parce que nous maintenons la liturgie traditionnelle du Vendredi-Saint. Mais, il ne le fera pas, je crois.

Olles : La nouvelle messe, le libéralisme religieux, les droits de l’homme contre l’autorité de Dieu. Quelles vérités fondamentales pouvez-vous y  opposer?

Heller : Nous devons tenir que la vérité absolue existe, qu’elle a pris chair dans le Christ et qu’il n’y qu’une religion vraie. Dès lors il nous reste à adopter la conviction que Lui, l’Homme-Dieu, dans sa condescendance, s’est abaissé jusqu’à la misère humaine afin de nous donner son amour et sa miséricorde ; par sa mort sacrificielle il a offert à l’homme déchu la possibilité de se réconcilier avec Dieu, que, par le saint sacrifice de la messe, il offre aux hommes, sans discontinuer,  d’entrer dans ce mouvement de réconciliation; par Lui ils entreront dans la nouvelle Alliance qui est la garantie de la réconciliation et de la paix parmi les hommes.

Olles : Que peut-on conseiller aux fidèles qui voudraient rester fidèles à la tradition apostolique et ecclésiastique ?
Heller : Ils devront s’efforcer d’abord d’être forts dans la foi et d’approfondir leurs connaissances de la doctrine catholique. Il y a beaucoup de fidèles catholiques qui ont perdu pied, parce qu’ils avaient reçu leur foi par éducation c’est-à-dire par tradition. Comme le monde actuel prône beaucoup de conceptions religieuses erronées et de fausses doctrines de salut il faut s’interroger comment l’on peut savoir aujourd’hui que le Christ est vrai Fils de Dieu, en qui nous croyons pour de justes raisons. M. Gliwitzky, premier président de notre association a dit un jour : « Le fait de s’être habitué depuis longtemps à renoncer à l’intelligence de la foi, est une des racines les plus profondes de la crise que nous vivons. D’où tous nos efforts doivent se porter à distinguer, en tenant compte de certains signes, quand nous avons simplement une opinion ou quand nous avons un désir, quand nous espérons, quand nous croyons et quand nous savons quelque chose en vérité ». Sans une conviction ferme eu égard aux vérités élémentaires de la foi nous sommes livrés de nos jours à un relativisme raffiné.

L’intégration dans l’Eglise fait problème à cause du fait qu’une organisation stable de ce qui reste de l’Eglise catholique dans les régions germanophones n’existe pas ou n’existe pas encore . Mais je suis prêt à donner des informations adéquates aux chrétiens qui le demanderont.

Olles : Pensez-vous qu’après que la foi et la liturgie ont été bradées par Vatican II l’Eglise pourra être restituée ?

Heller : Cela fait un certain temps que nous travaillons à mettre au point un plan pour la réédification de l’Eglise comme institution de salut. Mais cela a donné lieu à des problèmes de théologie et d’organisation. Car, il n’y a jamais eu, dans l’histoire de l’Eglise, une situation comparable à celle que nous vivons actuellement. Surmonter cette crise signifie s’engager sur un territoire inconnu du point de vue théologique, juridique et pratique. Cela exige de nous des efforts qui dépassent de soi nos forces. Il ne suffirait pas p. ex. que Jean Paul II ou les évêques opèrent simplement un retour afin d’amender après-demain  les décisions prises jusqu’ici et d’arrêter les déviations. Si un dignitaire hiérarchique est tombé dans l’hérésie, il perd son office et demeure inapte à l’occuper de nouveau, à supposer qu’il se convertisse (voir la bulle « Cum ex apostolatus officio » de Paul IV). Cela veut dire que la réédification de l’Eglise ne pourrait se faire par ceux qui sont restés fidèles à la foi. Mais, faute d’une direction unique dans le domaine de la pastorale nous n’avons pas atteint jusqu’à présent une efficacité notable pour la réédification de l’Eglise comme institution de salut.

Olles : Croyez-vous que l’Allemagne et l’Occident pourraient ressusciter spirituellement ou sommes-nous déjà perdus ?

Heller : Cela fait plus de 25 ans qu’on me sert des révélations privées, vraies ou fausses, dans lesquelles on annonce un essor de la vie religieuse spirituelle chaque fois que des catastrophes et des conflits ont eu lieu. Je ne peux pas m’y fier. Moi, je vois ce qui est et la manière dont certaines choses évoluent. Il est un fait que l’Occident, et l’Allemagne avec lui, ont été façonnés par le christianisme. Même si les sociétés ne veulent pas reconnaître cette réalité, il est un fait aussi que le désastre spirituel universel ne fait qu’apporter la preuve de l’apostasie et la trahison de l’ordre social chrétien. L’on peut par exemple montrer clairement la morbidité morale des Allemands dans la question de l’avortement : il y eut plus de 60% des soi-disant catholiques qui étaient pour la législation actuelle du § 218. Chaque année il y a environ 300 000 enfants qui meurent par l’avortement. Or, un peuple qui tue ses enfants mourra. L’apostasie de la foi  produit aussi ses effets dans le domaine politique et social. Tout mouvement politique conservateur ou tout parti qui s’appuie idéologiquement sur les principes révolutionnaires de ‘l’église conciliaire’, est voué forcément à l’échec parce que c’est la puissance des concepts idéologiques qui l’emportent. Pensez à l’œcuménisme ou au syncrétisme. Ces idées qui furent au fond formulées au sein de l’Eglise, trouvent en fait leur correspondant dans la conception multi-culturelle de la politique. Nous avons pu observer des années durant, comme témoins contemporains, ses effets dans les Balkans. A défaut d’un renouveau de la Foi il n’y aura pas de réédification de l’Eglise ni une restauration de la société. Jusqu’à présent je n’en vois pas encore de signe.

Olles : Il est dit dans la bible : « … et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres ». Est-ce que nous sommes encore à même de supporter la vérité ?

Heller : Nous pouvons supporter la vérité révélée si nous sommes prêts à la servir humblement,  alors elle nous rendra libres parce que nous avons la volonté de mener notre vie dans l’amour du Christ , et par lui. Mais que signifie cette humilité. C’est avouer qu’on a besoin du secours d’autrui, dans le cas qui nous occupe, que nous avons besoin de l’action rédemptrice du Christ et que nous sommes prêts à accepter ce secours. Essayez donc de faire comprendre cela à ceux qui se produisent en toute complaisance d’eux-mêmes, le faire comprendre à la société de plaisirs actuelle !

Olles : Quelles démarches concrètes avez-vous faites afin d’être reconnu comme une institution juridique légale ?

Heller  : Cette question a été débattue. Concrètement il s’agit de savoir s’il est possible de réunir dans une société de droit public ou dans une fédération d’associations celles qui sont inscrites au registre de l’Etat et qui ont été, par endroits, mises sur pied dès 1976, suite à l’interdiction officielle de l’ancienne messe. Alors il faudrait se mettre d’accord pour décider quel nom on lui donnerait.

(trad. abbé Paul Schoonbroodt)
 
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